OÙ EST LA BOMBE?




On a survolé la jungle durant des heures avant qu’ils nous déposent en plein milieu d’un marécage. Ils nous ont dit : Étendez-vous de la bouette partout sur le corps, ça éloigne les mouches. Les fauves rôdent, reniflent les coins à l’odeur de poubelle pour y déposer leur pisse.

CHANTEZ-VOUS SOUS LA DOUCHE?



I will.
Mettre une robe noire.
Scintillante.
Pommettes roses.
Sombre rouge à lèvres.
Gants noirs sur ma peau laiteuse.
High heels.
Play.
On chantait les yeux dans les yeux.
Elle, dans le poste de télévision.
Moi, dans mon salon.
Always love you.

As-tu déjà pensé te faire avorter?



La lavande, l'odeur de maman, une senteur qu'elle aimait, qu'on sentait dans la maison, dans tous les coins et qui un jour nous a fait pleurer, quand c'est devenu l'odeur de la nostalgie, qu'on a été rendu ailleurs, que maman a été loin et qu'on a oublié de prendre le téléphone pour appeler. On a du piquant dans le ventre, que si on pense trop, il devient du piquant dans les yeux. On parle à maman sur le Net, écrire ça fait mal, mais rien paraît. On se dit que maman, elle sait tout de toute façon, seulement on a le sentiment de rester caché. Les yeux ouverts, la tête sur l'oreiller, il y a dans la boîte près de l'oreiller tous les mensonges à maman qui ne voit pas que du feu, et la conviction d'avoir fait la mauvaise chose encore une fois.

Décris-nous ta vie sexuelle


Sors de chez Browns.
Les yeux au sol.
Mon soulier brun gauche.
Mon soulier brun droit. 
Mon soulier brun gauche...
Big big Friday night. 
Le souffle court. 
Prochain magasin.
Prochain magasin.
Prochain magasin.
Mon soulier brun gauche.
Mon soulier brun droit...
Ma belle, tu ne dors pas longtemps et tu dis que tu te réveilles de bonne heure pour t'éviter de voir mon visage éveillé tout fripé qui évolue dans l'espace et mes pieds qui se cognent dans les meubles, dans le noir. Tu préfères me voir endormi, je serais mort je serais froid tu ne le verrais même pas. Tu partirais travailler, reviendrais le soir, me croirais endormi et te dirais "Quelle chance qu'il dorme déjà".
Big big Friday night. 
Moi, je veux être câliné.
Moi, je veux être frôlé.
Moi, je veux être chanté.
Moi, je veux être un Italien. 
Quand il sait qu'il aura de l'amour et du vin. 


Cette question-là




Au sommet d'une crête 
Sur la pointe des eaux 
Un poignet enserré 
Entre doigts amoraux 
Suit le courant humide

As-tu déjà eu l'intention de vouloir tuer tes parents ?




Elle m'a écrit : « Veux-tu être mon Valentin ? »

Oui, bien sûr que oui. On couche ensemble depuis bientôt six mois. Je n'arrive pas à y croire. Personne ne m'avait jamais dit « je t'aime ». Sauf mes parents.

Dans les gens autour de toi maintenant, qui détestes-tu vraiment...




Ceux qui n'aiment pas les mêmes films que moi.
Ceux qui me contredisent quand je suis joyeuse.
Ceux qui crient de joie quand une mauvaise musique se fait entendre.

As-tu une MTS?


Je me suis réveillé. J'ai ouvert les yeux. La fenêtre est tombée, comme si c'était mes yeux qui l'avaient fait glisser du cadre. Je pense qu'elle est allée s'écraser sur une auto dans le stationnement. Sûrement, parce que j'ai entendu une alarme, dix étages plus bas.

Tout de suite j'ai pensé à Jacqueline.

J'ai mis mes jeans, mon t-shirt : à la bonne franquette! Les femmes adorent ça. Apparemment, mon amie Jacqueline aussi. J'ai cherché mes espadrilles. Je voulais mes Adidas ou mes Puma. Ceux qui flashent. Ils étaient nulle part. En fait, je trouvais plus aucun de mes souliers...

À genoux dans le garde robe de l'entrée, j'ai revu Jacqueline, dans ses bottes à talons hauts, qui insistait pour partir chez-elle à pied... Pourquoi elle est pas restée dormir? On passait une si belle soirée... Si je me souviens bien.

J'ai trouvé des sandales, quelque chose de dégueulasse. Je suis descendu dans la rue pour m'acheter un café.

Ça m'a pris, avec l'air du dehors. L'impression d'avoir une maison qui me pèse sur les épaules. L'inquiétude. L'envie de pleurer. Tout finit par disparaître. Surtout au moment où on s'en attend le moins. Jacqueline. J'ai eu très peur, tout à coup.


As-tu déjà pensé à tuer quelqu'un?



Je marche le soir.

Même si j'ai passé la soirée chez mon ami Jean-Marc qui habite à l'autre bout de la ville, même si je suis fatiguée parce que je suis insomniaque, même si je suis affamée parce que j'aime avoir faim, même si je porte mes bottes à talons haut qui me tuent la plante des pieds mais qui me font si bien...

Je marche le soir... et je prends mon temps. Je m'en fais une obligation. Je fixe le trottoir en marchant. Je pense à des espadrilles colorés qui flashent de style Adidas ou Puma. Exactement comme ceux de Jean-Marc. Je me concentre sur cette image mentale, et je les vois parfaitement; ils flottent, dans le vide, au bout d'une corde.

Je prends mon temps. Je n'ai jamais envie d'entrer chez moi et de m'étendre sur le lit. Le plafond est trop laid. Je déteste mon appart. Il me donne le goût de vomir. Jean-Marc.



Le questionnaire de L'Imagier national



L'Imagier fait circuler un questionnaire parmi les étudiants de l'École nationale. En voici le contenu:

1. À quelle heure t'es-tu couché (e)? À quelle heure t'es-tu levé (e)?

2. La tête sur l'oreiller, le matin en t'éveillant. Que vois-tu?

3. Quels sont les vêtements que tu portes pour te sentir joli (e) le vendredi soir?

4. Ton lunch d'aujourd'hui.

5. Courte description des souliers d'une personne que tu admires.

6. Formule une question à laquelle tu refuserais de répondre. 


À partir des réponses données aux questions 1 à 5, Marie-Hélène, Pénélope, Mathieu et Benjamin vont créer des personnages et répondre aux questions proposées par les étudiants. 
Revenez sur le blog très bientôt pour découvrir ces créations...