On
a survolé la jungle durant des heures avant qu’ils nous déposent
en plein milieu d’un marécage. Ils nous ont dit :
Étendez-vous de la bouette partout sur le corps, ça éloigne les
mouches. Les fauves rôdent, reniflent les coins à l’odeur de
poubelle pour y déposer leur pisse.
Ça trace. C’est comme ça
qu’ils se font un territoire. Y trace. Pis si t’as le malheur d’y
poser un pied, tu leur appartiens. Les Viêt-Cong. Pis là, ils
t’entourent, sans que tu le saches, pis de la pointe de leurs
griffes ils lacèrent ton existence pour y semer une graine. Pis ça
pousse. Ça prend le contrôle de toi, les Viêt-Cong. Comme des
fourmis, ça grouille. Ça te bouffe sans que tu t’en rendes
compte. Pis eux, dans un coin à l’abri, y jouissent en te
regardant t’enfoncer toujours plus creux. C’est noir de même,
dehors, dans leur jungle. Y finissent par te bouffer pis y se
crossent en pensant au sang qui pissait de partout pendant qu’y te
bouffaient. C’est des chiens, partout, des crisses de chiens. Tout
le monde en rang!
Pus capable de faire une phrase sans penser aux Viêt-Cong. Tes
petits pas saccadés, les pieds vers l’extérieur, c’est parce
que tu penses aux Viêt-Cong. Les petits morceaux de lord qui
flottent dans ta soupe c’est parce que tu penses aux Viêt-Cong.
Toutte. Tout le temps, tu penses aux Viêt-Cong. Comme des chiens.

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