00. L’IMAGIER

Un atelier présenté à l’École nationale de théâtre par Daniel Canty, du 27 octobre au 8 décembre 2011, et du 19 janvier au 1er mars 2012

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L’Imagier sonde la relation de la dramaturgie aux images, visibles ou invisibles, qui informent la substance des textes. Entretissant ateliers d’écriture et de lecture avec des études de cas et des visites sur le terrain, L’Imagier vise à développer l’imagination structurelle des énatéens. Il voudrait révéler ces subtils échafaudages, scénographies d’avant et d’après la scène qui apparaissent en palimpseste dans la trame des textes, et donner aux dramaturges les outils nécessaires pour les déconstruire, les reconstruire.

L’Imagier se souvient que l’écriture, qu’elle soit poétique ou prosaïque, implique une fabrication. Les mots portent en eux des vérités effacées. La poïesis tient son nom grec du verbe faire; la fiction, elle, partage sa racine latine, fingere, avec l’information. L’auteur est un travailleur de ses dix doigts, qui prête forme à cette matière qui existe en nous et autour de nous, et qui est une des ressources les mieux partagées du monde : le langage. Le langage passe à travers les formes : écrire advient avant, avec, après elles. L’auteur combine, amalgame, entremêle l’écriture avec d’autres matières, pour les transformer, et se laisser à son tour transformer par elles, déployant les savoir-faire de l’écriture pour leur redonner vie à même le tissu du texte. Voilà tout ce que sait un auteur, et peut-être, aussi, tout ce qu’il sait faire.
Fidèles à ces mots d’ordre, nous nous pencherons sur l’interface de l’écriture avec diverses vues de l’esprit et visions du monde. Pour ce faire, nous sonderons certains des paradigmes dominants de notre temps afin d’en jauger la portée métaphorique. Les objets ne parlent pas seuls, et c’est à nous de réapprendre à penser avec eux. Nous vivons une ère cryptographique et bigarrée, où les machines de vision de la science, de la technologie et des médias, s’amalgament subrepticement notre image de nous-mêmes et du monde. Entre « l’ère de l’information » et la « société de l’image », l’écriture continue de cultiver, et de questionner, ses propres valeurs. Il sera en particulier question de l’ordinateur, cette « machine logique universelle » transfigurée par certains discours en machine métaphorique universelle, comme le livre avant elle. Nous considérerons également les pouvoirs du cinématographe et de ses émules, dont la lumineuse et mouvante opacité a modifié en profondeur notre rapport à notre propre réalité. Nous examinerons la relation de l’écrit aux images fixes, et au mystérieux point de fuite où s’absente la représentation et s’évanouit la présence. Et nous n’oublierons pas de nos attarder aux images sonores. Toujours, nous tenterons d’imaginer les opérations qui s’offrent aux auteurs de chiffrer la présence de ces matières dans leurs œuvres, abordant sous l’angle de la pratique et du dialogue entre les savoirs et les métiers.
Il sera question d’architecture d’information, de design d’interaction, et d’autres rhétoriques de fabrication qui discrètement informent la matière des textes, d’êtres de chair et de papier, de machines imaginaires et de machines opératoires, des confusions de la fumée et de la régularité du cristal, des paradoxes de la fiction, de l’espace et du temps, du frisson de l’invention, de la poésie qui s’écrit dans les airs, et du sentiment du monde. L’Imagier, enfin, voudrait convier les énatéens à l’invention d’une nouvelle rhétorique, où l’écriture rejoint les arts vivants et engendre, dans nos regards étonnés, des formes de vie inédites, capables de renouveler les figures du monde.