Ça faisait presque qu'un an que je gossais mes parents pour avoir une de ces nouvelles machines. Presque qu'un an - et un an c'est vraiment long quand on en a 8-9 - que je leur sortais toutes sortes d'excuses pour leur prouver que c'était injuste qu'un petit gars comme moi n'ait pas le droit de posséder une de ces machines. Je me souviens aussi de mon argument fatal qui avait été celui de faire ma valise et de les menacer de partir en fugue si je n'avais pas, à Noël, un de ces engins. Comme le concept d'enfant roi, chez moi, ne fonctionnait pas très bien, mes parents m'avaient dit que si je n'évoquais plus le mot «jeu vidéo» durant une certaine période, ils allaient envisager que peut-être, un jour, pas si sûr que ça, que mayby, j'allais peut-être en avoir un.
On était en novembre. J'avais, sur ma table de chevet, la nouvelle édition du catalogue de Distribution consommateur que mon père avait déposé. Il y avait, dans ce geste tout simple, une entente tacite entre lui et moi qui stipulait que, une fois le catalogue déposé, j'avais le droit de commencer une mince liste de cadeaux potentiels pour Noël. Cette année là, ma liste allait comprendre seulement une chose : une console de jeu vidéo. J'avais un choix à faire : Il fallait choisir son clan. Ou bien on était dans l'équipe du Super Nintendo ou bien dans celle du Sega Genesis. Et dans mon cas, il était hors de question de se tromper parce qu'une fois la machine achetée, elle allait me suivre pour longtemps. Je n'étais pas de ces enfants qui pouvaient se permettre de tester et de changer d'idée... Après une nuit blanche à peser le pour et le contre, j'étais finalement Sega. En fait, je trouvais Sonic the hedgehog plus cool que Mario Bros et ses amis. Le choix étant fait, là, plus question de flirter avec Yoshi, Todd ou La princesse. Je les haïssais désormais tous.
Il y avait une grosse boite sous l'arbre artificiel de Noël. Une boîte beaucoup trop grosse pour un Sega Genesis. À cet âge, je n'avais pas encore compris le principe de boîte truquée et, quand je l'ai ouverte pour constater qu'à l'intérieur il y avait une plus petite boîte avec ma machine dedans, je me suis effondré en larme. Vraiment. Comme jamais avant et plus jamais après... Je sanglottais, plus capable de respirer, je devais chialer autant que le premier homme à avoir vu le feu, la roue ou l'image de Jésus dans le brûlé de sa toast. J'avais maintenant un Sega genesis. J'étais maintenant dans la gang des Sega genesis. Avec, en plus de tout ça, NHL '93... Euh... oui, oui, NHL '93 en plus! Tu capotes, là, hein?
C'était le début d'une longue tradition de Noël. Désormais, à chaque année, je recevais le nouveau NHL. Et plus les jeux devenaient réels, plus je substituais le vrai hockey dans le parc à celui sur la machine. C'était tellement impressionnant de pouvoir faire faire, à des joueurs sur un écran, des choses que je n'étais pas capable de faire sur la glace. Il y a quelque hivers, je suis allé aider mon père à classer quelques vieilles boîtes et j'ai retrouvé mon Sega avec la pile de cassettes de NHL. On l'a branché et on s'est fait un match ensemble. J'ai gagné : 4-2 Chicago. Il m'a dit : pourrais-tu faire la même chose sur la patinoire du parc. Défi accepté. Quelques heures plus tard on rentrait, essouflés, et on rangeait à nouveau la console dans sa boîte en se disant que c'est quand même mieux de le faire pour vrai...



J'aime. Le premier pour la langue toute mouillée, le deuxième pour la fraîcheur de la nostalgie -- et parce que tu n'as pas regretté d'avoir choisi Sega plutôt que Nintendo. C'est vraiment gars, d'aplomb.
RépondreSupprimerMonic