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| Le Silo |
Gravir chaque matin les 158 marches du Silo # 5.
Graver dans la mémoire gouvernementale les traces du passage d'explorateurs urbains dans ce lieu dont je suis le gardien.
Consigner par quelques photographies, gribouillis et mots griffonnés les traces du passage d'intrus dans l'enceinte fermée d'un silo à grains abandonné.
Voilà le gros de mon travail. L'homme est un animal grégaire. Je suis seul, mais je ne regrette en rien d'avoir choisi d'exercer ce métier.
JOUR 1
La grille de l'entrée a été entamée à certains endroits stratégiques. Encore rien de trop grave.
JOUR 2
Un graffiti a été laissé sur une fenêtre embrouillée par de grosses gouttes de pluie. Tout en bas me happe la gravité des choses : un navire imaginaire gronde le son d'un départ impossible.
JOUR 3
Grande journée vide. Je me contente de donner des graines aux pigeons agrippés aux fils entourant le lieu où s'égrènent mes heures.
JOUR 4
Aujourd'hui non plus, rien ne grouille. Je photographie quand même l'absence. Le grain de l'image grossit chaque jour malgré la grisaille constante.
JOUR 5
Si seulement j'avais un seul grief à formuler à l'encontre d'une présence étrangère. Mais non, toujours pas de grabuge. Seulement la solitude qui me rend aigri.
JOUR 6
Je crois avoir un début de grippe. Les rouages de mon cerveau grincent et m'agressent profondément.
JOUR 7
Mon état s'aggrave. Je sens un mal qui me gruge et ce n'est pas un simple virus. Un granulome dans ma tête ? 
JOUR 8
J'ai apporté un gri-gri. Pourtant, la chance me boude, la contamination semble progresser avec une gradation inquiétante. Ma conscience dégringole les treize étages du bâtiment.
JOUR 9
Quelles sont ces voix qui grésillent au loin ? Grandir est le pire des chagrins. Mes grands-parents étaient agriculteurs, ils possédaient une plantation d'orge et une petite ferme. J'ai passé mon enfance dans une grange, entouré de mes seuls amis, animaux en groupes serrés, vaches, cochons et grisons. Enfermé ici, vieux et gris, je grimace à l'idée de devenir grabataire, grièvement contaminé, alors je me grise de l'espoir de devenir quelqu'un d'autre, de quitter les gradins de mon esprits pour participer enfin au véritable grognement du monde, loin du grillage grossier qui constitue le dernier rempart au grandiose déploiement de ma folle liberté. La grande masse des explorateurs urbains s'approche-t-elle enfin de ma grotte secrète ?









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